mardi 10 janvier 2012

La malédiction des héritiers du pouvoir


Jeudi 03 septembre 2009, le ministre de l’Intérieur du Gabon, Jean François Ndongou annonce qu’Ali Bongo Ondimba remporte l’élection présidentielle avec 41,79 % des voix. La rue gronde, mais la répression est sanglante : les gendarmes et les militaires sont sans pitié. Le sit-in organisé par l’opposition ce même jeudi devant le siège de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap) est violement dispersé. Parmi les nombreux blessés, il y a l’opposant Pierre Mamboundou, l’autre candidat malheureux André Mba Obame a dû prendre la fuite.

Le fils de l’Ex-dictateur Omar Bongo, décédé en juin de la même année après 41 ans de règne sans partage, force la porte de l’histoire et remplace poste pour poste son dictateur de paternel. Mais les hommages trainent. En lieu et place de fleurs, les tomates pourries fusent de partout. L’on dénonce une parodie d’élection. Téméraire, l’homme multiplie les voyages et parvient à rassurer les amis de son défunt père.

Quatre ans plutôt au Togo un autre héritier accédait au trône : un Gnassingbé vivant remplaçait un Gnassingbé Macabé. Le 24 avril 2005, le monde était gratifié d’un scénario électoral digne d’Hollywood : devant les caméras du monde, des militaires font irruption dans des bureaux de vote et emportent des urnes. Conséquence : Faure Gnassingbé est crédité de 60,6 % des voix. L'opposition râle, la rue hurle et la ligue togolaise des droits de l'homme dénombre environs 790 morts parmi les opposants pendant que la commission d'enquête officielle togolaise en compte 150.

Comme pour le fils Bongo, l’opinion internationale s’indigne sans plus. Le mal élu, soutenu par la France, est boudé par des nombreuses capitales occidentales et africaines. Peu importe. Faure est née dans les arcanes du pouvoir et a hérité d’un carnet d’adresse bien fourni. Il sait ce qu’il faut faire : Quelques coups de téléphones et des voyages bien ciblés, le tour est joué : Eyadema 2.0 tient sa légitimité internationale.

En 2011, la donne est quasi semblable pour Kabila au Congo-Kinshasa. Né dans le maquis, grandi dans la clandestinité, le jeune Joseph hérite d’un fauteuil présidentiel souillé par le sang de son défunt père. Conscient de la fragilité de son nouveau et précieux « joujou » grand comme l’Europe occidentale, ce fils à papa connait la formule : négociation et concession.

En 2006, bien accompagné par la communauté internationale (via le CIAT), Kabila se présente comme momemi maki (porteur d’œufs). Il dit vouloir consolider la paix ou -ce qui se présente comme. Il promet routes, écoles, hôpitaux, électricité, eau, emplois, logements, etc. Cinq ans plus tard, les maquettes du programme labélisé « 5 chantiers », restent pour la plus part gravés sur les grands panneaux longeant les grandes artères de grandes villes.

A l’heure du bilan, le président-candidat balbutient ses chiffres devant les télévisions du monde. L’exercice est périlleux. Cependant, les élections se jouent ailleurs : administrations électorale et territoriale, justice, médias, armée, police et autres moyens de l’Etat...sont sous sa coupe. En face, une opposition désunie, désargentée et dépourvue de programmes. Bref, des politicards, qui n’ont rien à proposer et dont la seule alternative est de s’allier à la voix d’une populace affamée et désabusée qui ne demande plus qu’une chose : le changement.

Vendredi 09 décembre 2011, alors que la Gombe se vide, le Pasteur-Président de la CENI annonce Kabila gagnant le scrutin présidentiel avec 48 % des voix. Le silence de Cathédrale dans Kinshasa laisse peu à peu place aux tirs. Des pneus sont brulés sur les avenues avant que police et militaire n’interviennent. Radio Okapi annoncera le lendemain, six personnes tuées par balle.

Comme pour les héritiers Gnassingbé et Bongo, les critiques se souvent et se ressemblent. Les observateurs sortent les dicos pour qualifier le scrutin congolais: parodie, mascarade, forfaiture, tricherie, fraude, erreur...défilent dans les tympans. Comme pour les autres héritiers du pouvoir la légitimité internationale s’en vole à chaque rapport des observateurs. Il fallait attendre une semaine plus tard pour enregistrer le premier mot de félicitation.

Comme quoi, ce n’est facile d’être fils de...pour séduire l’électorat africain bien qu’illettré. Ainsi, on est bien obligé de gouverner essentiellement avec kalachnikov et médias – pour reprendre les propos du Sociologue Marshall Mac Luhan. Le poète Masegabio regrettait d’ailleurs que « Jésus ait multiplié le pain à la place du manioc ». Le journaliste Tshitenge Lubabu d’ajouter « faute de manioc, on nous présente la démocratie », mais quelle démocratie !

RFI a repris en RDC, le pouvoir cède à la pression


Le signal de Radio France internationale a été rétabli,lundi 09 janvier 2011, en RDC, plus d'une semaine après avoir été coupé par le gouvernement congolais. Il était reproché à RFI de "créer une situation confuse qui peut nous entraîner dans des affrontements entre Congolais". Le pouvoir de Kinshasa n'avait pas digéré le fait que RFI ait diffusé des mots d'ordre donnés par Etienne Tshisekedi à ses partisans.

Commentant la reprise des émissions de RFI, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a déclaré à l'AFP: "Nous exécutons simplement la décision que le Conseil supérieur de l'audiovisuel avait prise de suspendre RFI pour sept jours à dater du jour où j'avais pris la mesure conservatoire."

Plusieurs ONG locales et internationales ainsi que le gouvernement français et l'adminitration Obama avaient dénoncé cette décision des autorités kinoises.

Pour rappel, de juillet 2009 à octobre 2010, Kinshasa avait déjà totalement coupé RFI, accusée de "démoraliser" l'armée.

jeudi 29 décembre 2011

RDC: les sms rétablis, on ne dira pas MERCI


Suspendus depuis le 3 décembre 2011, le service de messagerie de téléphonie mobile (sms) est à nouveau opérationnel depuis le 28 décembre 2011. La levée de bouclier des plusieurs organisations de défense de droits de l’homme a fini par avoir raison du gouvernement congolais, qui justifiait cette décision liberticide - prise au lendemain de la tenue des élections du 28 novembre - par ”le souci de préserver l’ordre public et assurer un aboutissement heureux du processus électoral en RDC.”

Cependant, le gouvernement exige aux télécoms congolais de s’investir totalement dans «l’identification stricte et rigoureuse des abonnés et d’accompagner le gouvernement dans la prise des décisions relatives au maintien de l’ordre public».

Sur le plan purement économique, la suspension de SMS a causé aux compagnies téléphoniques une perte quotidienne moyenne d’environ 150 000 dollars américains par jour.

Pour part, Reporters sans frontières (RSF) prend acte du rétablissement du service de SMS. “Nous sommes soulagés d’apprendre que le réseau de SMS a été rétabli pour tous les utilisateurs de la République démocratique du Congo. La population congolaise a ainsi de nouveau accès à un service de communication essentiel. Nous déplorons cependant que les usagers aient été privés de ce service de messagerie et que leur droit fondamental de communiquer ait été ainsi entravé durant une aussi longue période. Nous condamnons ce genre de procédé excessif et liberticide et appelons les autorités à ne plus y recourir”, a déclaré RSF. Pour rappel, RSF avait adressé, le 22 décembre 2011, une lettre ouverte à Adolphe Lumanu Mulenda Buana N'sefu, vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur et de la sécurité de la République démocratique du Congo pour déploré le blocage ses sms.

Même soulagement de la part des ONG locales. Pour le Centre de Production des Programmes et Supports de sensibilisation des Sourds(CPPS). A en croire Freddy Mata, Coordonateur de cette ONG, les plus grands perdants de cette décision restaient les sourds. « L’utilité d’un téléphone pour un sourd reste à 90% l’utilisation des SMS ».

Ce déblocage des sms est certes une « bonne » nouvelle, mais pas du tout une annonce à faire pleuvoir des MERCI de la part de la population. En bloquant les SMS, les dirigeants congolais ont violé délibérément les droits fondamentaux à la libre communication et à la libre circulation de l’information dans un pays où le taux de pénétration d’Internet est de seulement 1% et où l’utilisation des sms est plus que courante eu égard notamment à la faiblesse du niveau socioéconomique de la majorité des utilisateurs de la téléphonie mobile en RDC.

JED en appelle à un état d’urgence pour sauver la liberté de la presse et exige la dissolution du CSAC


Dans un Rapport sur l’état de la liberté de la presse en 2011, rendu public au lendemain de l’investiture du Président Joseph Kabila pour un nouveau quinquennat, Journaliste en danger (JED) lance un appel urgent au Pouvoir en place pour stopper l’escalade de la répression qui s’abat sur la presse depuis la crise postélectorale qui s’est installée au pays après les présidentielles du 28 novembre 2011.

Alors que dans sa prestation de serment, le Président de la République a, une fois de plus, juré de faire respecter la Constitution qui garantit sans ambages les droits et libertés fondamentaux, dont la liberté de presse et d’opinion, JED note avec une grande inquiétude que l’étau se resserre chaque jour un peu plus autour des médias à Kinshasa et en provinces, et se traduit par des menaces et arrestations des journalistes ; des attaques armées contre des maisons de presse ; l’interdiction des émissions et la fermeture des médias proches de l’opposition.

Pour l’année 2011, JED a recensé et documenté au moins 160 cas d’atteintes diverses à la liberté de la presse dont près de la moitié enregistrés pendant la période électorale. Ces attaques contre la presse se présentent de la manière suivante :

Ø 1 journaliste tué à Kirumba dans le Nord-Kivu en juin 2011

Ø 42 arrestations des journalistes

Ø 57 cas de menaces et d’agressions contre les journalistes

Ø 43 cas de censure et d’entraves à la circulation de l’information

Ø 17 cas de pressions sur les médias
A titre illustratif de la répression qui s’est accrue contre la presse et contre la libre information au cours des dernières semaines qui ont précédé ou suivi les scrutins du 28 novembre, on peut citer les cas ci-après :

Ø Au Maniema, la Radio Communautaire Tujenge Kabambare (RCTK), une station émettant à Kabambare, un territoire de la province du Maniema (Est de la RDC), est fermée depuis vendredi 18 novembre 2011 jusqu’à ce jour, sur ordre de M. Isaac- Ernest Miyambo, administrateur du territoire. Il est reproché à ce média d’avoir diffusé, la veille, une interview de M. Sympho Muzinga wa Muzinga, leader d’un ancien mouvement armé d’auto défense dans le territoire de Kabambare, dénommé « Rïya Mutomboke » qui avait menacé de perturber les opérations de vote du 28 novembre dernier si le gouvernement provincial ne respectait pas ses engagements de payer leurs primes.

Ø A Kinshasa, Canal Futur TV (CFTV), une chaîne proche de l’opposition, a vu son signal coupé, lundi 28 novembre 2011 vers 21 heures locales, pour une durée de dix jours par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC). La coupure du signal était intervenue pendant que CF TV diffusait une émission intitulée « Spéciale soirée électorale » dénonçant les irrégularités constatées dans les différents bureaux de vote lors du double scrutin, présidentiel et législatif, et donnant les résultats de vote affichés dans un bureau de vote. CFTV a été accusé d’avoir diffusé des « propos comportant des accusations sans preuve contre un adversaire politique ». Mais, près de trois semaines après l’expiration du délai de suspension, le signal de Canal Futur TV n’est toujours pas rétabli, et cela sans aucune explication.

Ø A Kinshasa, Radio Lisanga Télévision (RLTV), principale chaîne proche de l’opposition, a été interdite de diffusion, le samedi 3 décembre 2011, par le Conseil Supérieur de la Communication et de l’Audiovisuel (CSAC) pour une durée de sept jours. RLTV a été accusée d’avoir diffusé des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 dont la source n’était pas la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Son antenne provinciale de Mbuji Mayi, capitale de la province du Kasaï Oriental, a été assiégée, lundi 5 décembre 2011 vers 14 heures locales, par un groupe d’éléments de la police nationale congolaise fortement armés. Depuis, les deux stations ont cessé d’émettre jusqu’à ce jour.

Ø Depuis le samedi 3 décembre 2011, Le service de messagerie téléphonique, SMS, a été suspendu, jusqu’à nouvel ordre, dans tous les réseaux de télécommunication de la RDC, par M. Adolphe Lumanu, vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur et Sécurité. Cette mesure dite conservatoire a été prise pour « préserver l’ordre public et assurer un aboutissement heureux du processus électoral en RDC ». En dépit des protestations de la population, et des dénonciations des Partis politiques et des Organisations de défense des droits de l’homme qui considèrent cette décision comme une atteinte à la liberté d’expression, le service de messagerie téléphonique demeure suspendu.

Ø Au Maniema, dans une correspondance adressée, samedi 3 décembre 2011, aux responsables des chaînes de radio émettant à Kindu, capitale de la province du Maniema (Est de la RDC), M. Pascal Tutu Salumu, gouverneur de province, les a enjoint de suspendre la diffusion en relais des éditions d’informations produites par les chaînes étrangères à savoir RFI, BBC et Africa N°1. Selon le gouverneur, cette décision était prise « dans le cadre des dispositions de sécurisation de la population de Maniema en rapport avec la publication des résultats des élections du 28 novembre 2011 ». Plus de deux semaines après la publication des résultats, cette interdiction demeure.

Ø Au Kasai Oriental, la Radio Kibungie, une station émettant à Kabinda, un territoire situé à 140 kms de Mbuji-Mayi, capitale de la province du Kasaï – Oriental (centre de la RDC), a été interdite d’émission, samedi 17 décembre 2011, par MM. Paul Djonga et Bovic Ngefo, respectivement commissaire de district et directeur local de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) pour raison de « sécurité ». Un mandat d’arrêt a été lancé contre M. Toto Kasongo, directeur de radio Kibungie, qui vit depuis lors en clandestinité. La Radio Kibungie a, dans ses émissions, dénoncé les actes de fraude et de tricherie, qui se déroulaient au centre local de compilation de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).

Ø Au Kasai Oriental, les installations de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC), station locale de Lodja, un territoire de la province du Kasaï – Oriental (centre la RDC) ont été saccagées, lundi 19 décembre 2011, par les supporters d’un candidat député national qui accusaient la RTNC de critiquer leur leader.

Ø La Radio Télévision Débout Kasaï (RTDK), une chaîne émettant à Mbuji- Mayi, capitale de la province du Kasaï – Oriental, a été attaquée, vendredi 23 décembre 2011 vers 18 heures, par un commando armé de six personnes en tenue civile. Les assaillants ont forcé la grille des installations de RTDK en tirant à balles réelles et lancé du gaz lacrymogène dans le studio de ce média. Le journaliste Adolphe Tshikala qui s’y trouvait a été arrêté et conduit au cachot de l’ANR où il a passé quatre jours avant d’être acheminé au parquet, mardi 27 décembre 2011.

Ø Kleber Kadiediem, directeur de Kasaï Horizon Radio Télévision (KHRT), une chaîne émettant à Mbuji- Mayi, a été attaqué, vendredi 23 décembre 2011, par un groupe d’éléments de la police qui ont menacé de tirer sur lui. Le journaliste a été accusé d’avoir commenté, mardi 20 décembre 2011, dans un duplex sur les ondes de BBC, l’absence des chefs d’Etats étrangers lors de la cérémonie de prestation de serment du président Joseph Kabila.

Ø Mathieu Kamango, journaliste à Télé 50, une chaîne proche de la mouvance présidentielle, a été violemment pris à partie, vendredi 23 décembre 2011, par un groupe d’éléments de la police militaire, non loin du stade des martyrs, où M. Tshisekedi, qui s’est autoproclamé Président de la République, avait annoncé sa prestation de serment. Kamango a été conduit manu militari au cachot du camp militaire Kokolo où il a été copieusement passé à tabac et gardé pendant plus de cinq heures. Kamango a été dépouillé de tous ses biens et menacé de mort par ses bourreaux.

Ø Thomas Hubert, correspondant de BBC Afrique à Kinshasa, a vu son matériel de travail confisqué, vendredi 23 décembre 2011, par un officier de la garde Républicaine au moment où il tentait de faire un reportage sur la prestation de serment annoncé de M. Etienne Tshisekedi au stade des Martyrs de Kinshasa. Ce matériel était composé d’un enregistreur audio, d’un micro de marque BBC et d’une caméra vidéo. Thomas a dit à JED qu’après avoir contacté la présidence de la République son matériel lui a été restitué plusieurs heures après mais sans la mémoire contenant ses enregistrements audio.

Ø Au Kasai oriental, la Radio Veritas, une station communautaire émettant à Kabinda, dans la province du Kasaï- Oriental, est fermée depuis samedi 24 décembre 2011 par MM. Paul Djonga et Bovic Ngefo, respectivement commissaire de district et directeur local de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) pour « outrage au chef de l’Etat ». Radio Veritas a diffusé dans son journal du vendredi 23 décembre 2011 une information tirée d’un site Internet, faisant état de l’existence des « deux Présidents de la République en RDC ». Dans cette édition du journal, les journalistes ont proposé que la RDC soit dirigée par un troisième Homme, autre que Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi qui se disputent la légitimité du pouvoir. Contacté par JED, M. Norbert Nevild, directeur de Veritas a déclaré que les journalistes qui ont présenté cette édition du journal ont été auditionnés, les 26 et 27 décembre 2011, à l’ANR autour de cette information. « Le responsable de l’ANR m’a demandé de sanctionner les deux journalistes avant la reprise des émissions de la radio. Je ne peux pas les sanctionner, car les journalistes n’ont commis aucune faute professionnelle. » a ajouté M. Norbert.

Ø Dans la province du Bas-Congo, Célestin Kashala, directeur à Radio Bangu, une station communautaire émettant à Kimpese, un territoire de la province du Bas- Congo (sud- ouest de la RDC) a été arrêté, samedi 24 décembre 2011, sur plainte de M. Dominique Nsimbi, président local du Parti du peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD, parti présidentiel). Kashala a été transféré le lendemain au cachot de la police de Matadi, chef lieu de la province, où il est encore détenu. Kashala est poursuivi pour « incitation de la population à la révolte ». Radio Bangu a été accusée d’avoir diffusé, vendredi 23 décembre 2011, une information ayant trait à la prestation de serment de M. Etienne Tshisekedi et incité la population à saccager le siège local du PPRD. Contacté par JED à partir de sa cellule, Kashala a déclaré que sa radio n’a jamais diffusé une telle nouvelle. « Nous avons suspendu, par prudence, toutes les éditions des journaux parlés pour éviter de telles accusations », a-t-il ajouté.

Dans ce Rapport intitulé : « La liberté de la presse pendant les élections », et dont une partie est consacrée à l’observation des médias durant la période de la campagne électorale, JED se désole également de constater que les médias congolais, dans leur ensemble, se sont engagés, et en toute connaissance de cause, dans une frénésie propagandiste qui a occulté les vrais débats démocratiques sur les candidats et leur programmes.

Il s’ensuit, selon JED, que la campagne électorale pour les présidentielles et les législatives du 28 novembre 2011 a été un véritable fiasco dans les médias. La dérive propagandiste des médias, y compris des médias publics, ponctuée parfois par des propos et discours d’incitation à la haine et à la violence, dans un climat de tension et d’intolérance politique, a eu des effets pervers sur la sécurité des journalistes, et pose désormais une question de crédibilité et de professionnalisme de la presse congolaise.

Face à un tableau aussi sombre et inquiétant de la liberté de la presse, et qui mine les fondements d’un Etat démocratique, JED en appelle aux plus hautes autorités du pays, et demande des mesures d’urgence pour sauver la liberté de la presse ainsi gravement menacée.

Pour JED, les multiples interférences des politiques et des services de sécurité dans les médias, et qui continuent, en violation des prérogatives dévolues au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) , consacrent l’échec de l’instance de régulation des médias, dans ses missions reconnues de protéger le droit du peuple à l’information et de promouvoir le professionnalisme des médias.

Face à l’incapacité avérée du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) à assumer son indépendance et qui met en péril la liberté de presse et d’expression, JED demande au Chef de l’Etat, dans ses prérogatives de Garant du bon fonctionnement des Institutions, d’ordonner la dissolution du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) dans sa composition et son fonctionnement actuels, en attendant la mise en place d’un organe plus crédible et plus compétent.

samedi 27 août 2011

Plusieurs centaines des journalistes ont fait trembler le palais du peuple


Les journalistes de Kinshasa étaient dans la rue le vendredi 26 aout 2011. Ils demandaient notamment la déchéance du député Yves Kisombe, auteurs de menaces et insultes à l’endroit de la journaliste Eugénie Ntumba de la RTVS1, radio privée diffusant à partir de la capitale congolaise. En plus de cette marche de colère, un embargo total de six mois contre ce député sur tous les médias congolais a été décrété.

A l’initiative de Journaliste en danger (JED) et les organisations des professionnels des médias, ils étaient plusieurs centaines à longer l’avenue des huileries jusqu’au palais du peuple, où un mémorandum a été déposé à E. Boshab, présidente de l’Assemblée Nationale, qui s’est montré très solidaire avec l’incriminé. Evariste Boshab a désapprouvé la démarche des journalistes et sur un, ton de colère, s’est mué en donneur des leçons : il a souligné que ces derniers devraient passer par des cours et tribunaux pour avoir gain de cause. Le président de l’Assemblée nationale ignorait que les journalistes avaient déjà déposé une plainte contre le député Yves Kisombe avant cette marche manifestation. Dégoutés les chevaliers de la plume ont décidé de quitter la salle où ils étaient réunis pour écouter la réponse de Boshab.

Une large opinion de la presse pense que l’attitude du président de l’assemblée nationale est une marque de solidarité à l’endroit du député fautif, qui d’ailleurs siège sur les bancs de la Majorité présidentielle, dont est issu Evariste Boshab.

Cette manifestation a connu le soutien de toute la corporation journalistique. Rarement, on a vu une telle solidarité entre les médias kinois minés par une forte politisation.

L’ong internationale Reporters sans frontières (RSF) également a marqué sa solidarité avec les journalistes congolais. Dans une lettre adressée, le 25 août à M. Boshab, RSF a demandé au président de la chambre basse du parlement “d'entendre l'inquiétude des professionnels des médias congolais. A trois mois des élections présidentielle et législatives prévues pour fin novembre 2011, un rendez-vous important pour la nation congolaise, il est primordial de garantir la liberté d'expression des journalistes ainsi que le droit à l'information des citoyens". "En tant que secrétaire général du PPRD, vous devez rappeler les représentants et les militants de votre parti au respect de la liberté et de l'intégrité physique des journalistes. La compétition politique est normale en démocratie, en particulier en période de campagne électorale. L'intimidation voire la neutralisation de journalistes, au nom du combat politique, sont en revanche inacceptables", a ajouté Reporters sans frontières.

A travers cette mobilisation, destinée à protester contre les violences physiques ou verbales contre les journalistes, les hommes des médias ont lancé un signal fort à la classe politique et montrent leur détermination à protéger leur profession et la liberté d'expression, a ajouté un communiqué de JED.



mercredi 3 août 2011

4e école d’été de la Francophonie : la RDC a tenu la promesse


La 4e école d’été de la Francophonie s’est déroulée du 19 au 24 juillet 2011 à Nouakchott (Mauritanie). Plus de 100 jeunes leaders de la société civile venus des quatre coins du monde Francophone ont appris et débattu sur la coopération au développement des TIC, l’entreprenariat social, l’environnement, ainsi que sur les droits fondamentaux des travailleurs migrants.

Dans son discours de clôture, le Directeur de la Jeunesse de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Mahaman-Lawan SERIBA, a remercié les participants, au nom du Secrétaire général de la Francophonie, pour la qualité des recommandations faites à la Francophonie ainsi qu’aux États et gouvernements :

« Toutes vos recommandations lui seront fidèlement transmises pour une meilleure prise en compte de vos attentes et aspirations dans nos programmes et surtout dans la stratégie jeunesse de l’OIF en cours d’élaboration. »

Il a également invité les jeunes à nourrir les liens qui viennent d’être créés notamment pour l’animation des réseaux thématiques jeunesse dont le site Portail jeunesse de la Francophonie constituera l’espace de déploiement virtuel.
Au total, cinq congolais ont pris part à cette édition, faisant de la RDC, la plus grande délégation. Quatre venaient directement de Kinshasa et un de Dakar (Sénégal). Très impliqués, Jennifer Nkuka, Bethyna Langa et Patient Ligodi ont été retenus chacun comme rapporteur des trois de quatre ateliers de cette école d’été. Bethyna Langa et Patient Ligodi ont également été retenus pour présenter les recommandations finales adressées aux chefs d’Etat et des gouvernements et à la Francophonie. Dans son assiette, le très culturel Cédric Mulamba a pour sa part animé la soirée culturelle à travers laquelle les participants ont démontré, en chant et en danse, les particularités de leurs pays respectifs.

À l’issue de ces assises, plusieurs projets concrets ont vu le jour. Dans l’atelier TIC, Marianne DUBÉ (Canada) et Patient Ligodi (RDC) se sont lancés dans un projet d’éducation aux médias à distance. Etienne Tshishimbi, l’autre participant congolais à cet atelier a débuté un projet de sensibilisation des jeunes de la sous-région Afrique centrale sur la gouvernance d’Internet et le Processus de SMSI (sommet mondial de la société de l’information).
Les participants congolais se sont engagés à restituer et sensibiliser les jeunes de la RDC non seulement sur les thématiques abordées mais également sur leur implication dans l’édification du réseau de la jeunesse francophone dans le monde. Ils se sont également dits déterminés à mobiliser la jeunesse congolaise en perspective de l’organisation du sommet des chefs d’Etats de la Francophonie, qui aura lieu à Kinshasa en octobre 2012.

Pour rappel, la Francophonie rassemble environs 220 millions de locuteurs de la langue française dont 30% se retrouvent en RDC.

lundi 20 juin 2011

Vient de paraître: Télévision publique et sous-développement en RDC




Résumé

Le problème traité dans cet ouvrage se fonde sur l'ignorance des facteurs expliquant le peu d'intérêt que la télévision publique congolaise accorde aux questions de sous-développement, à l’antithèse de la volonté du législateur.
Cette étude démontre que la forte tutelle exercée sur ce média par les acteurs et les institutions politiques transparait dans l’omniprésence de l’homo politicus - en quête d’une légitimité cathodique - dans la programmation télévisuelle, au détriment des programmes de lutte contre le sous-développement. Il renseigne qu’il est impérial de repenser le mode de fonctionnement ainsi que le processus d’élaboration de la programmation de la télévision publique afin que cette dernière deviennent cette organisation sociale solidaire et constructrice de l'histoire capable de remplir le rôle de l'intellectuel collectif que réclame Pierre Bourdieu.

L'auteur
Patient LIGODI, licencié en Communication sociale de l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication (Kinshasa). Après 5 ans de journalisme actif, il a travaillé comme Coordonateur de la recherche à l’ONG Journaliste en Danger. Actuellement, il est assistant chargé de Communication à l’ONG Médecins Sans Frontières en RDC.

Détails sur le produit
Broché: 64 pages
Editeur : Editions Universitaires (juin 2011)
Langue : Français
ISBN-10: 6131577870
ISBN-13: 978-6131577871


Où trouver l'ouvrage?
L'ouvrage est en vente en ligne sur les plus grandes plateformes de vente d'ouvrages sur internet.

http://www.amazon.fr/T%C3%A9l%C3%A9vision-publique-sous-d%C3%A9veloppement-en-RDC/dp/6131577870/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1308581935&sr=1-1

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Prix
29.00 €

mardi 3 mai 2011

JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE LA PRESSE 2011 EN RDC:

JED DEMANDE AU GOUVERNEMENT DE FAIRE CESSER LES INTERFERENCES DES SERVICES DE SECURITE DANS LE TRAVAIL DE LA PRESSE

A l’occasion de la célébration, mardi 03 mai 2011 , de la journée mondiale de la liberté de la presse, Journaliste en danger (JED), Organisation indépendante de défense et de promotion de la liberté de la presse, basée en République démocratique du Congo, et Réseau d’alerte de l’OMAC (Organisation des Médias d’Afrique centrale), souhaite attirer l’attention de l’opinion et des autorités congolaises, sur la fragilité de la situation de la liberté de la presse, à quelques mois de grandes échéances électorales.

JED demande au gouvernement, à travers le ministère de l’Intérieur et celui de la Communication et Médias, d’envisager dès à présent des mesures concrètes de sécurisation des professionnels des médias face à la montée de l’intolérance politique et aux interférences de plus en plus fréquentes des services de sécurité dans le travail de la presse. JED attend surtout la mise en place rapide d’un Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) dirigé par des personnes intègres et compétentes pour assurer une bonne régulation des médias pendant cette période cruciale.
En effet, samedi 30 avril 2011, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a annoncé pour le mois de novembre 2011, le début de l’organisation des élections générales, et notamment les présidentielles et les législatives prévues le 28 novembre 2011. Cette perspective ouvre la voie à des grandes manœuvres politiques pour lesquelles les médias seront un enjeu de taille pour les différents protagonistes et où les risques d’atteintes à la liberté de presse seront nombreux.

D’ores et déjà, JED exprime sa préoccupation face à la détérioration constante du climat de travail des journalistes, surtout à l’intérieur du pays où on constate une grande montée de l’intolérance politique et des interférences de plus en plus nombreuses des autorités politico-administratives, et des services de sécurité dans le travail de la presse.

A titre illustratif, depuis le début de cette année, JED a pu dénombrer au moins 35 cas d’attaques directes dirigées contre les journalistes ou contre les médias. Soit une moyenne de 2 à 3 cas d’attaques contre le travail des journalistes chaque semaine. Parmi ces attaques, on compte au moins 12 cas d’emprisonnements ; 8 cas d’agressions et menaces contre des professionnels des médias ; 9 cas de censure et 6 cas de pressions diverses sur les médias.

JED constate également que plus de la moitié de ces atteintes à la liberté de la presse sont le fait des services de sécurité et particulièrement de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR) alors qu’aucun texte de loi ne reconnait à ces services la compétence de connaître d’un délit de presse, si délit de presse il y a…

Tout en se félicitant du fait rare, qu’au moment où le monde célèbre cette journée dédiée à la liberté de la presse, aucun journaliste congolais ne croupit en prison à cause de son travail ou de sa qualité de journaliste, JED appelle néanmoins les professionnels des médias à la plus grande prudence et à l’observance stricte de leur Code d’éthique et de déontologie, afin d’espérer se mettre à l’abri de toutes mauvaises surprises pendant la période de tension électorale.

C’est dans cette perspective que JED initie une campagne de sensibilisation sur la sécurité des journalistes en période électorale, notamment par la distribution, à Kinshasa et en provinces, d’un « Guide pratique du journaliste en période électorale » qui a été conçu par Reporters sans Frontières (RSF) et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), pour aider les journalistes à aborder et à couvrir cette période dans les meilleures conditions possibles de sécurité pour eux-mêmes.

Enfin, JED saisit cette occasion pour réitérer son appel solennel au Président de la République, de concrétiser dans les faits sa volonté maintes fois exprimée de protéger et de sécuriser les professionnels des médias, en décrétant un moratoire sur les emprisonnements des journalistes pour des motifs liés, notamment, à la diffamation, afin de favoriser un débat démocratique nécessaire à la tenue des élections réellement libres et transparentes que tous appellent de tous leurs vœux.

vendredi 11 mars 2011

12 Mars 2011-Journée mondiale contre la cyber-censure. En RDC, lutte pour l'accès de tous au Net



Le 12 mars a été proclamé par Reporter Sans Frontière "Journée mondiale contre la cyber-censure. En RDC, ce mouvement n'est pas encore très connu. Il ne demeure pas moins qu’Internet est le seul espace libre où les Net-citoyens congolais peuvent s'exprimer sans "crainte" de représailles.

Sans doute que les prédateurs de la liberté de la presse sont conscients de la faible pénétration de ce média dans la société congolaise, minée notamment par l'analphabétisme. Par conséquent, aucun effort notoire et cohérent n’est enclenché en vue d'accélerer l’accès pour tous à cet outil en particulier. D'ailleur, aucun programme d’éducation aux médias n’est disponible dans le cursus scolaire, hormis dans les écoles de journalisme. Pourtant, Internet est doté notamment de cette magie d’être l’agora moderne qui permet à tous de participer aux débats de la cité.

Si ailleurs le combat s’organise autour de la libération des cyberdissidents, la lutte contre les harcèlements de net-citoyens, l’allègement de la surveillance des internautes et la suppression des blocages de sites, ou la bataille contre l’adoption de lois liberticide, en RDC, le front doit-être ouvert sur l'accès pour tous à cet outil. Ce, afin que la population longtemps écartée dans la construction du discours médiatique entre autre puisse participer à l’élaboration de l’opinion publique.

Liberté ou cyberté
Patient Ligodi

jeudi 10 mars 2011

Journée de la femme sur les écrans kinois: remplissage et conformisme

Journée de la femme. Pour ce 8 mars, Les conseils de rédaction et les directions des programmes ont pondu quasiment la même chose à Kinshasa. Le sujet est identique à la une des tous les JT. Les plateaux décorés en pagne, les femmes sont aux commandes - du moins, d’apparence.

La grille est la même:

8h-12h: Emissions interactives (téléphones ouverts) sur le 08 mars. Ici, on ne gaspille pas trop d'énergie. Les problématiques sont les mêmes: Quel sens donnez-vous à cette date? Quelle place doit avoir la femme à l'église, au foyer, en politique, à l’école, etc. Les thèmes sont généraux et souvent dénoués de toute finalité. On meuble le temps d'antenne (remplissage) et on fait comme les autres (conformisme).

Sur certains plateaux, on invite deux ou trois femmes et les débats s'animent. Pour d'autres, un micro-trottoir s’invite au scénario: des femmes en pantalon sont critiquées, tandis que le pagne et la fête sont célébrés. Sur la chaine nationale, c'est la retransmission en temps réel du défilé des femmes suivi des blablas officiels. Ici, c'est le règne de l'institutionnel, aucun débat de fond sur des problématiques précises.

13h, 19h et 20h: la grand-messe de l'actualité. Le compte-rendu (comme genre journalistique) règne en maitre absolu. Tous les JT ou presque commencent par le défilé, les discours de la première dame et de la ministre de genre et famille. La suite, on la connait: les femmes de la RVA, de l’Ogefrem, du ministère de ...ont joué au Nzango et la bière était offerte par l'ADG ou le ministre.

En définitive, suivant la théorie de l’agenda setting de Maxwell McCombs et de Donald Shaw, les médias définissent le calendrier des événements et la hiérarchie des sujets. Et pour le 8 mars (j’ajoute), les JT se sont soumis, eux-mêmes, à un agenda setting élaborés loin de salle de rédaction. Tous ou presque sont tombés dans le piège du phénomène « journée mondiale » et par conséquent, se sont préoccupés du réel institutionnel (le ministre a dit, le président a fait, Bralima a offert…) plutôt que de la recherche de l’existant journalistique (fait socialement significatif qu’un journaliste rapporte après l’avoir mis en forme). On ne cherche pas loin. On ne documente rien. On reste soumis à ce que les labos politiques et commerciaux ont concoctés. En mordant à l’hameçon du prêt à diffuser, les médias perdent davantage de leur poids dans la conception et la production discursive.

Conséquence : plusieurs sujets socialement significatifs ne sont pas traités. La pauvreté de médias et ses corolaires sont notamment pointés du doigt. D’où, la nécessité de la promotion des médias alternatifs comme les blogs, forums de discussion, etc. Cependant, le développement de ce type des médias nécessitent un minimum d’accès à l’éducation aux médias, dont les mass-médias peuvent constitués un parfait instrument.